01.10.2008
mon père est mort....
Difficile à sortir, la phrase fatidique...
Tu arrives au boulot, le matin, ça fait seulement 2 h que tu l'as appris, alors forcément, la collègue qui t'explique qu'elle va devoir partir en début d'après-midi pour un rendez-vous chez le dentiste, tu l'envoies un peu bouler, et rapidement tu lui dis "on enterre mon père demain", histoire de t'excuser de ta sècheresse de ton, et puis aussi parce que tu n'arrives pas encore à le dire.....
et pourtant, il y a quelques jours, quand les copines t'ont demandé des nouvelles, tu leur a répondu tranquillement qu'il avait été hospitalisé, qu'il emmerdait tout le monde parce qu'il ne voulait pas rester couché, qu'il refusait de manger, qu'il parlait de complot contre lui, et que de toutes façons, vu son état de faiblesse, ça n'allait pas durer encore trés longtemps, et qu'après tout il avait 90 ans, que c'était un peu normal, ...
....le lendemain il mourait d'un arrêt cardiaque
Et tout d'un coup, il y a plein de choses qui remontent à la surface....
et merde, pourquoi ton frangin s'est-il contenté de te laisser un message sur ton répondeur, sans se demander pourquoi tu n'avais pas réagi plus vite ? comme si c'était "normal" (habituel ? évident ?) que tu ne rappelle pas immédiatement...
il est mort dimanche matin, B m'a appelée dimanche en début d'après-midi (il a pensé m'avoir laissé un message, que je n'ai jamais eu....comme par hasard, coïncidence ?) et c'est mardi à 6 h du mat' qu'il me rappelle en m'engueulant....et moi qui tombe des nues, qui ne comprend pas pourquoi il s'énerve (et il s'énerve très rapidement...) au point de raccrocher, je dois le rappeler sur son portable puisque son fixe ne répond pas...au moins pour savoir où a lieu la cérémonie (non, je ne sais pas très bien où se trouve le lieu de la mise en bière, non je ne sais pas où se trouve le cimetière intercommunal...)
il me dit aussi que M. s'est occupé de tout (comme toujours, forcément, c'est l'aîné...allez trouver une place là-dedans....), qu'il a vu avec les pompes funèbres, qu'ils ont appelé la tante E. et qu'elle viendra avec R., qu'ils mangeront à midi avec nous (à la cafétéria de géant casino...), et qu'il fallait qu'on se dépèche de vider l'appartement parce qu'il fallait le rendre....
marre de ces histoires de téléphone...
non, je n'ai pas écouté mon portable dimanche soir, ni lundi de toute la journée (il était resté au fond du sac de sport), et lundi matin j'ai vu sur mon portable de boulot qu'il avait essayé de m'appeler mais sans laisser de message, et j'ai été prise par le boulot toute la journée, et le soir je n'ai pas pensé à l'appeler pour lui demander ce qu'il voulait...bref, comme si le destin s'arrangeait pour que je ne me manifeste que le plus tard possible, histoire de donner raison à mes frères quand ils diront que je ne me suis pas beaucoup occupée de lui....
et pourquoi A. et M. n'ont pas essayé de m'appeler, de leur côté ? encore une fois, l'impression de vivre "à côté" de ma famille...comme si je comptais "pour du beurre"....
à midi j'ai appelé A., pour lui parler, histoire qu'il sache que je suis au courant, mais seulement depuis quelques heures, comme pour me déculpabiliser...mais de quoi donc, merde....!
je réalise que je n'ai vu mon père qu'une seule fois à l'hôpital, il y avait déjà 2 jours qu'il était rentré en état de choc, là aussi je n'ai eu l'info que 2 jours après, par un mail de M. ....comme si c'était un évènement mineur...et comme par hasard c'est pendant nos 2 jours de "séminaire" au boulot (2 jours dans le vercors pour resouder l'équipe....et nous remonter le moral..)
à l'hôpital, j'ai eu vraiment un choc, mon père était assis sur un siège, à moitié à poil, attaché pour ne pas tomber, à la fois complètement hébété et agité, il ne savait plus où il était, il voulait rentrer chez lui, il était maigre, décharné, l'infirmière faisant remarquer qu'il était trés faible, "forcément, il est complètement dénutri" (là-dessus, tu as l'impression qu'on t'accuse de ne pas avoir nourri ton père, mieux, de l'avoir laissé mourir de faim.....merde, la compassion, ça n'existe donc pas ?...)
ça fait remonter plein de choses.....
tes liens avec tes frangins, l'aîné auprès de qui tu te sens toujours comme une petite fille qu'on n'écoute pas parce que, vous comprenez, elle n'est pas trés sérieuse, elle fait sa vie de son côté, lui il a fondé une famille "normale", avec femme et enfants, on est des grands, on est investi dans la société civile, on est parents d'élèves, on milite, bref, on est des adultes...
ah oui, c'est vrai, pas moi....
B non plus d'ailleurs, oui mais justement, lui il s'est bien occupé de ses parents (c'est vrai aussi qu'il n'habite qu'à 500m de chez eux, c'est mieux que mes 70 km...) et puis, il est engagé syndicalement, ça aussi c'est une preuve d'insertion sociale....
moi, la dernière manif où je suis allée, c'était pour "soigner la PAC"... mais ça parle à qui, la PAC (à part aux paysans de la Conf' ?)
et A. ? mon préféré (oui, j'ai un frère préféré...) mais sans pour autant avoir essayé de maintenir un lien fort (y en a-t-il eu un, d'ailleurs?), avec sa meuf et ses 2 filles (là aussi, il y a une ambiguité..)
on a tord de se fixer une image de ses proches figée dans le marbre (la glace ?) comme si leur vie familiale ne révélait pas des traits inconnus auparavant...
c'est comme ça que j'ai découvert récemment (à l'occasion du mariage du cousin "suédois") que mon grand frère était incapable de s'habiller seul ; c'est sa femme qui lui dit quoi mettre.....incroyable, n'est-ce pas ? et en voiture, c'est elle le copilote, sinon il ne sait pas où aller....
bref, il plane complètement....
je réalise que mon grand frère n'a pratiquement jamais vécu seul (un an, 2 ans..?), A. non plus, d'ailleurs...
pas un hasard que chacun vit avec une nana "qui en a", bref, des nanas avec un certain caractère (je dirais même un caractère certain...)
bon dieu, j'espère que la séance "notaire" et tout le reste se passera sans anicroches
il va falloir vider l'appartement : vu l'âge du mobilier, ça va tout partir à la benne, et comme les parents sont locataires (ma mère est en maison de retraite depuis début septembre, pas un hasard non plus), il ne restera plus aucune trace de notre vie de famille, plouf, tout éparpillé dans le vent, on ne parlera plus de la "maison", même si celle-ci depuis 20 ans s'était réduite à un studio de foyer logement....il y avait quand même les meubles dans lesquels nous avions grandi (complètement décatis...), ça va être dur de passer à la phase "poubelle", d'ailleurs j'avais déjà fait un premier tri à la demande de mon père, mais la valise a fini chez Emmaüs....au moins on n'a pas l'impression de jeter son passé...
il va falloir se débarrasser de la vaisselle, ils ont toujours gardé les assiettes de leur mariage...je sens que je n'aurai pas le coeur de les jeter, ça va finir chez moi....
il faut que je me prépare à être zen, pas amère, pas culpabilisante, seulement compatissante et reconnaissante pour les démarches faites par chacun, sans pour autant m'excuser (arrêter de culpabiliser d'exister...), ne pas chialer....
zen....
01:19 Publié dans mon père est mort.... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.07.2008
Cat Power
Je ne suis pas une groupie indécrottable (du moins, j'ai passé l'âge...), mais hier soir je suis allée à Lyon, dans le cadre des Nuits de Fourvière, voir et écouter (ou l'inverse...) la miss, Cat Power, de son vrai nom Chan Marshall, et j'étais un peu furax...
Benjamin Biolay en 1ière partie, je m'en foutais un peu, donc la sono crasseuse m'a "seulement" écorché les oreilles, et j'ai pris mon mal en patience, par contre, même sono crade pour Chan, là, non !
et en me baladant dans des blogs, je me suis aperçue que ce n'est pas la 1ière fois que ça lui arrive, et elle a eu la même réaction :
""Je m'en moquerais peut-être si le son était impeccable et la température idéale, mais par deux fois les pompiers sont venus récupérer une personne évanouie de chaleur, et le début du set était saturé de basse à un point inadmissible dans n'importe quelle salle de patronage. Le reste fut à peine mieux, la voix de Chan étant parfois couverte par les instruments. Foutage de gueule, que Chan en personne s'efforça de corriger en cours de set en demandant personnellement à la console de corriger ci ou ça, et c'est grâce à elle-seule qu'on finit par avoir un son passable.""
Bref, je suis restée un peu sur ma faim, alors que visiblement elle a de quoi donner dans le ventre, voix, émotion, etc...
plus qu'une chose à faire : chercher les textes de ses chansons (si possible en français...)

16:09 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.02.2008
mandalas, amité, boudhisme, méditation, etc...
samedi soir, je suis allée voir "Bharati", qu'on pourrait appeler une comédie musicale, dont l'ambition est de raconter l'Inde. Bon, c'était quand même pas aussi spectaculaire que les films de bollywood, mais c'était quand même un vrai plaisir : les danseurs se donnent entièrement, et les chanteurs et chanteuses sont à la hauteur des films.
Bref, en rentrant je me suis branchée sur France culture, et là, j'ai entendu une interview de Fabrice Midal, qui parlait de boudhisme, de méditation, de liens (passerelles) entre l'orient et l'occident par la philosophie, la poésie, c'était une vrai révélation.
J'ai relevé un extrait pris sur son site, car ce qu'il dit au sujet de l'amitié me semble primordial.
http://www.fabrice-midal.org/prajna1.htm

PRAJNA & Philia
La pleine intelligence & l’amitié
Prajna est un mot sanscrit qui désigne l’intelligence la plus accomplie, virtuellement présente en chacun de nous. Le bouddhisme vise au premier chef à déployer cette intelligence pure et directe, souvent symbolisée par une épée qui pourfend les doutes pour faire jaillir la réalité nue et nous permettre de voir les choses telles qu’elles sont. Prajna repose, de manière plus ou moins latente, en chacun de nous. Nous n’avons pas à l’acquérir par un effort de volonté, mais à l’éveiller.
Faire ce mouvement est décisif car prajna nous permet d’entrer en relation, par-delà toute confusion, avec nous-mêmes et le monde.
Présenter le bouddhisme comme une manière de calmer son esprit, une voie sympathique pour fuir les difficultés de la vie et se réaliser soi-même, prépare le saccage de cette tradition. Suivre la voie du Bouddha, c’est d’abord apprendre à questionner son expérience avec une grande lucidité et clarté.Philia est souvent traduit par aimer, mais cette traduction ne dit pas grand chose de l’extraordinaire expérience grecque. La philia est plus exactement cette dimension où chacun est invité à « déployer son être propre ».
Telle est la hauteur de l’amitié véritable qu’il ne faut donc pas restreindre à la seule signification psychologique, au fait de s’associer pour combler ses carences sociales ou affectives et meubler sa solitude. Ensemble, avec celui qui nous est cher, il est possible d’être vraiment qui nous sommes face à ce qui importe. C’est en ce sens qu’Aristote remarque dans l’Ethique à Nicomaque : « Quand deux hommes marchent ensemble, alors oui, ils ont plus de vigueur pour penser et pour agir ».
La philia inclut aussi toutes les formes du lien selon lesquelles s’élabore et s’entretient la vie des hommes. En tant qu’appartenance réciproque, elle est à la source de toute communauté possible. Sans elle, il n’y a que des organisations.
Comment un enseignement pourrait être donné authentiquement sans prendre place dans cette dimension ?Le dialogue de prajna et de philia est d’abord, en ce sens, une expérience aussi simple que salutaire.
Salutaire pour le bouddhisme, ainsi invité à oser nous surprendre et nous conduire à un réel retournement de notre être (non à être une thérapeutique mièvre pour émousser nos difficultés et nous guérir de la vie).
Salutaire pour l’Occident, devant affronter le nihilisme qui le ravage (et non le propager par le développement acharné et affairé de sa comptabilité).
Un tel dialogue, en son point le plus haut et le plus secret – car si rarement soutenu – de la tradition bouddhique et de l’Occident, invite à voir plus clair dans le dessein de notre existence et dans le destin de notre époque.
11:55 Publié dans une autre façon de voir les choses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


